A l'école des siffleurs de Laruns




C'est un cas unique sur le continent européen: pendant des siècles, les habitants de Aas petit village de la vallée d'Ossau ont parlé... en sifflant. Un langage d'une grande richesse qui, depuis quelques mois, inspire des cours à au collège de Laruns.
Eté 1926. Isolée en haute montagne, une jeune bergère d'Aas en vallée d’Ossau, Netou, garde son troupeau quand, soudain, l'une de ses vaches chute dans un trou masqué par la végétation. Il faut se rendre à l'évidence: non seulement l'animal ne parvient pas à en sortir, mais il commence à paniquer. Dans quelques heures, si rien n'est fait, il sera mort. Netou met alors un doigt dans sa bouche et siffle avec résolution. 
De fait, elle décrit la situation et demande du secours. Une autre bergère, située à vingt minutes de marche, l'entend et répercute son message. Plus loin, dans les estives, d'autres bergers répondent et se mobilisent. Bientôt, cinq hommes arrivent avec des cordes. La vache sera sauvée. 
Cette anecdote, parmi mille autres, est rapportée par René Arripe, fils de siffleur et auteur d'un livre de référence sur le sujet. Selon lui, c'est par "pure nécessité" que les habitants d'Aas ont développé cette étrange technique. Jusqu'au milieu du XXe siècle, les bergers de son village passaient tout l'été dans des cabanes dispersées au coeur du grand cirque de Gourette.
Pour communiquer, ils pouvaient crier, bien sûr, mais la portée de la voix humaine est limitée. Le sifflet, lui, est beaucoup plus puissant: on l'entend jusqu'à 2,5 kilomètres, selon les scientifiques qui l'ont étudié in situ. Idéal pour gagner du temps et s'épargner de longs trajets inutiles. En montagne, les bergers utilisent donc au quotidien ce téléphone portable d'avant la lettre. Pour rompre leur solitude, repérer une brebis perdue, signaler la présence de l'ours. 

Reportage : Sonia Bengana.

Commentaires